Partager l'article ! Hans Christian ANDERSEN: Contes racontés pour des enfants, 1835-1842: Trois chiens aux yeux gros comme des soucoupes, des roues de moulins, une ...
Trois chiens aux yeux gros comme des soucoupes, des roues de moulins, une tour fortifiée. Une princesse délicate qui ne dort pas de toute la nuit à cause d'un méchant pois qu'on
placé sous ses matelas. La Petite Sirène. Un empereur vêtu de rien. Le vaillant petit soldat. Un elfe qui habite dans une rose et est témoin d'une abominable décapitation. Ce
sont quelques unes des 19 histoires qui constituent les premiers cahiers des contes d'Andersen, publiés par l'auteur entre 1835 et 1842 sous le titre des Contes racontés pour des
enfants.
Après Grimm cet été, je ne pouvais pas faire moins que me replonger dans les Contes d'Andersen, en cette saison où l'annonce des rigueurs hivernales portent ordinairement mes envies de lecteurs vers l'Europe du nord. J'ai dans ma bibliothèque l'édition intégrale des Contes et Histoires que La Pochothèque a publié il y a quelques années et que j'avais acheté alors, preuve sans doute que ce désir de conte est une histoire plus longue qu'il ne parait.
Le cadre réaliste de chacune de ces histoires est le premier caractère qui retient l'attention. Ce sont d'abord des contes danois, même si Andersen invente la plupart, qui se déroulent donc dans le cadre de la nature et de la ville danoises, renvoient à des perceptions danoises. A la différence des frères Grimm chez lesquels il n'y a d'allemand que l'imaginaire populaire qui a produit les contes, ou est censé les avoir produits, chez Andersen, c'est comme une connivence qui s'établit entre l'auteur et les lecteurs autour de références communes, des sensations et gestes de la vie quotidienne, des lieux et monuments de Copenhague, une façon particulière de vivre la nature, et jusqu'aux petits objets d'une maison, couverts, brocs, soupières, poupées, soldats de plomb, fleurs qui trouvent à s'animer sous la plume du conteur. Même les expéditions dépaysantes, la découverte des lointains sont produit à partir d'un cadre danois: les récits de voyage des grands explorateurs qui ramenèrent de leur découverte du monde des livres qui sont restés importants dans la littérature du Danemark.
Le génie d'Andersen naît d'abord de la formule qu'il élabore dans ces années 1835-1842: inventer une langue écrite qui mime l'oralité – non pas l'oralité d'un pseudo-narrateur populaire, disant le fond commun d'une culture primitive élaborée collectivement, mais d'un conteur qui se pose d'abord comme un individu, comme un écrivain. On oublie souvent qu'à côté de ses Contes, dont la publication accompagna sa carrière, du début à la fin, Andersen est l'auteur d'une oeuvre littéraire importante, bien que d'inégale valeur: six romans, une trentaine de pièces de théâtre, trois textes autobiographiques, des récits de voyage. Ce n'est pas un historien de la culture et de la langue, un bibliothécaire, un juriste ou un grammairien comme le sont les frères Grimm, mais d'abord un écrivain. Il en ressort à la fois la volonté de trouver dans le conte une forme universelle du récit, qui le conduira peu à peu à ne pas limiter son audience à celle du public habituel de la littérature enfantine. Surtout, cela conduit à une pratique d'écrivain qui n'est pas sans rapport avec l'écriture de certains des grands romantiques allemands auteurs de contes (Tieck, Eichendorff, Hoffmann, etc...): le conte merveilleux embrasse d'autres genres vers lesquels il fait signe, le roman, la satire, le récit d'exploration. Souvent le conte d'ailleurs n'est qu'un prétexte à une exploration encyclopédique: fleurs (Les Fleurs de la petite Ida), objets de la maison (La malle volante), géographie (le récit des vents dans Le Jardin du Paradis), etc. L'humour, l'ironie, présents partout, même dans la description d'un bouquet de fleurs qui manque d'eau, l'habileté à croquer les formes quotidiennes, presque innocentes de la brutalité humaine (l'oiseau que des enfants laisse mourir de soif dans La Pâquerette), le retour obsédant d'un imaginaire macabre (la mort qui tire la leçon de l'histoire à la fin du Jardin du Paradis, le petit enfant mort à la fin des Cigognes, l'abominable vision de la tête de l'amant assassiné que sa fiancé conserve dans un pot et qui sert d'engrais à la fleur dans L'Elfe de la rose) en font aussi un moraliste, conscient des limites de la forme qu'il pratique, comme dans ces histoires (La Princesse sur le pois) qui sont une relecture ironique et critique d'un conte populaire, ou même ces contes dans le conte, comme celui de La Malle volante où l'auteur s'amuse à parodier ses procédés: « Au bord de la Baltique, près des hêtres danois... - Voilà qui commence bien! Dirent toutes les assiettes, cette histoire va certainement me plaire. »
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