Vendredi 27 novembre 2009

Trois chiens aux yeux gros comme des soucoupes, des roues de moulins, une tour fortifiée. Une princesse délicate qui ne dort pas de toute la nuit à cause d'un méchant pois qu'on placé sous ses matelas. La Petite Sirène. Un empereur vêtu de rien. Le vaillant petit soldat. Un elfe qui habite dans une rose et est témoin d'une abominable décapitation. Ce sont quelques unes des 19 histoires qui constituent les premiers cahiers des contes d'Andersen, publiés par l'auteur entre 1835 et 1842 sous le titre des Contes racontés pour des enfants.


Après Grimm cet été, je ne pouvais pas faire moins que me replonger dans les Contes d'Andersen, en cette saison où l'annonce des rigueurs hivernales portent ordinairement mes envies de lecteurs vers l'Europe du nord. J'ai dans ma bibliothèque l'édition intégrale des Contes et Histoires que La Pochothèque a publié il y a quelques années et que j'avais acheté alors, preuve sans doute que ce désir de conte est une histoire plus longue qu'il ne parait.


Des contes du Danemark
   

Le cadre réaliste de chacune de ces histoires est le premier caractère qui retient l'attention. Ce sont d'abord des contes danois, même si Andersen invente la plupart, qui se déroulent donc dans le cadre de la nature et de la ville danoises, renvoient à des perceptions danoises. A la différence des frères Grimm chez lesquels il n'y a d'allemand que l'imaginaire populaire qui a produit les contes, ou est censé les avoir produits, chez Andersen, c'est comme une connivence qui s'établit entre l'auteur et les lecteurs autour de références communes, des sensations et gestes de la vie quotidienne, des lieux et monuments de Copenhague, une façon particulière de vivre la nature, et jusqu'aux petits objets d'une maison, couverts, brocs, soupières, poupées, soldats de plomb, fleurs qui trouvent à s'animer sous la plume du conteur. Même les expéditions dépaysantes, la découverte des lointains sont produit à partir d'un cadre danois: les récits de voyage des grands explorateurs qui ramenèrent de leur découverte du monde des livres qui sont restés importants dans la littérature du Danemark.


Les contes d'un écrivain
   

Le génie d'Andersen naît d'abord de la formule qu'il élabore dans ces années 1835-1842: inventer une langue écrite qui mime l'oralité – non pas l'oralité d'un pseudo-narrateur populaire, disant le fond commun d'une culture primitive élaborée collectivement, mais d'un conteur qui se pose d'abord comme un individu, comme un écrivain. On oublie souvent qu'à côté de ses Contes, dont la publication accompagna sa carrière, du début à la fin, Andersen est l'auteur d'une oeuvre littéraire importante, bien que d'inégale valeur: six romans, une trentaine de pièces de théâtre, trois textes autobiographiques, des récits de voyage. Ce n'est pas un historien de la culture et de la langue, un bibliothécaire, un juriste ou un grammairien comme le sont les frères Grimm, mais d'abord un écrivain. Il en ressort à la fois la volonté de trouver dans le conte une forme universelle du récit, qui le conduira peu à peu à ne pas limiter son audience à celle du public habituel de la littérature enfantine. Surtout, cela conduit à une pratique d'écrivain qui n'est pas sans rapport avec l'écriture de certains des grands romantiques allemands auteurs de contes (Tieck, Eichendorff, Hoffmann, etc...): le conte merveilleux embrasse d'autres genres vers lesquels il fait signe, le roman, la satire, le récit d'exploration. Souvent le conte d'ailleurs n'est qu'un prétexte à une exploration encyclopédique: fleurs (Les Fleurs de la petite Ida), objets de la maison (La malle volante), géographie (le récit des vents dans Le Jardin du Paradis), etc. L'humour, l'ironie, présents partout, même dans la description d'un bouquet de fleurs qui manque d'eau, l'habileté à croquer les formes quotidiennes, presque innocentes de la brutalité humaine (l'oiseau que des enfants laisse mourir de soif dans La Pâquerette), le retour obsédant d'un imaginaire macabre (la mort qui tire la leçon de l'histoire à la fin du Jardin du Paradis, le petit enfant mort à la fin des Cigognes, l'abominable vision de la tête de l'amant assassiné que sa fiancé conserve dans un pot et qui sert d'engrais à la fleur dans L'Elfe de la rose) en font aussi un moraliste, conscient des limites de la forme qu'il pratique, comme dans ces histoires (La Princesse sur le pois) qui sont une relecture ironique et critique d'un conte populaire, ou même ces contes dans le conte, comme celui de La Malle volante où l'auteur s'amuse à parodier ses procédés: « Au bord de la Baltique, près des hêtres danois... - Voilà qui commence bien! Dirent toutes les assiettes, cette histoire va certainement me plaire. »

 

Par Cléanthe - Publié dans : Littérature scandinave
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Jeudi 19 novembre 2009

Elles se sont surnommées Christopher et Colombus sur le bateau qui les amène en Amérique. Nous sommes au beau milieu de la Première Guerre Mondiale. Les deux Anna, Anna-Rose et Anna-Felicitas, sont deux orphelines. Jumelles, mêmes si elles ne se ressemblent pas, filles d'une mère anglaise et d'un père allemand, et pour cela rejetées partout, elles partent de l'autre côté de l'Atlantique pour tâcher d'y faire leur vie. De New-York à la Californie, leur épopée comique est le prétexte d'une charge divertissante contre les préjugés des biens pensants...


Moins solaire qu'Avril enchanté, même si le soleil de la Californie brille sur près de la moitié du livre, Christopher et Colombus reste cependant un roman amusant, qui n'est par dépourvu de quelques longueurs, mais qui sait trouver dans le duo des deux jumelles von Twinkler et la franchise de leurs réparties un vrai ressort comique digne de la comédie hollywoodienne. Peut-être est-ce le décor de la Californie, mais on ne peut pas s'empêcher à la lecture de ce livre de se constituer pour ainsi dire son propre casting où les Cary Grant et autres de la grande époque viendraient prendre les rôles des personnages du roman. Mr Twist, leur chaperon rencontré sur le bateau, qui a fait fortune grâce à l'invention révolutionnaire d'une théière qui ne goûte pas, joue un nigaud désopilant qui ne parvient qu'à la fin du roman à comprendre la véritable nature de ses sentiments à l'égard des deux soeurs. Et certaines scènes sont des moments d'anthologie: l'ignorance dans laquelle sont les jumelles des usages du monde dans le bateau qui les conduit en Amérique, l'arrivée chez un ami de leur oncle qui doit les héberger, mais se révèle un coureur invétéré qui vient juste d'être quitté par sa femme, la visite à Mrs Twist dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre puritaine, la description non moins très comme il faut des clients des hôtels chic d'Acapulco. Mais je n'y ai pas retrouvé le rythme, la maîtrise technique, l'effet d'ambiance d'Avril enchanté. Le comique lui même est différent, à la fois plus caustique, critique et se concentrant dans des mots d'auteurs, des réparties cinglantes ou d'une franchise désopilante.

 

 

> Bibliographie d'Elizabeth von Arnim

 

Par Cléanthe - Publié dans : Littérature anglo-saxonne (Royaume-Unis, Irlande)
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Mardi 17 novembre 2009

Lélie aime Célie, la belle esclave que possède le vieux Trufaldin et qu'il voudrait lui racheter pour lui offrir le mariage. Mais il est sans le sou, à cause de son père, Pandolfe, qui se montre particulièrement jaloux de sa bourse, et a prévu d'ailleurs pour son fils un autre mariage, avec Hyppolite, qui aime Léandre, le rival de Lélie. Le valet de Lélie, Mascarille, est mis sur l'affaire: à lui de trouver le moyen de se procurer l'argent qui permettra à son maître de s'attacher Célie et de damner le pion à tous ses rivaux. Mais les maladresses du jeune homme vont donner bien des difficultés à l'ingénieux Mascarille...


Un rythme endiablé

Ramené dans ses bagages de province, cette pièce dont la reprise est jouée à Paris en 1658 est la première véritable comédie de Molière. Si ce n'est pas encore le grand artiste du Misanthrope ou des Fourberies de Scapin, sûr de sa méthode et capable d'éblouissantes profondeurs, on s'étonne cependant de trouver dans le Molière de cette époque notre auteur pour ainsi dire déjà tout constitué. Le théâtre de Molière, c'est d'abord en effet un rythme, endiablé, une verve entraînante qui fait surgir et rebondir l'action. Molière en donnera sans doute le chef d'oeuvre dans son Dom Juan. Mais cette série de contre-temps (dix en tout), qui font le sous-titre de la comédie, suite aux interventions maladroites de Lélie, l'Etourdi qui est à la fois le titre et le sujet de l'action, confère à l'ensemble une force panique, une manière de comique à la fois destructeur et un peu inquiétant, vu la persévérance que met le personnage principal à défaire ce que son valet construit pour lui, laissant déjà entrevoir le profil d'un personnage qui n'existe véritablement que dans son fantasme. C'est aussi le moyen pour Molière, au cours de scènes qui sont comme des numéros, de pratiquer plusieurs genre, de la farce au roman, mais réunis, unifiés par la puissance désacralisante du comique.


La langue parlée et les usages de l'argent

Le théâtre de Molière, ce sont ensuite des mots, qui ne sont pas des mots d'écrivains, mais la langue parlée telle que la connaît un comédien qui a appris à maîtriser l'art de l'improvisation, qui est attentif à ne pas tout donner de lui-même, mais, une situation étant posée, à faire pour ainsi dire sourdre la parole des personnages, laisser parler les figures qu'on campe. Il y a enfin une véritable unité thématique. Une analyse des rôles et fonction de l'argent, par exemple, qui ferait la part belle évidemment à L'Avare, ne saurait négliger cependant cet Etourdi qui offre sur le sujet quelques saillies mémorables.

 

(PS: vous l'aurez remarqué, je me suis essayé à quelques nouveautés dans la présentation de cette page, quelque chose comme une petite remise en forme- même si cela ne fidélise pas trop le "client "de changer ainsi en permanence de "charte graphique", comme le disent les spécialistes du marketing: après le chemin courant au bord de la Weser et le pont jeté entre deux rives d'un canal à Kassel, ce sont tout simplement les fleurs de mon balcon; ce n'est peut-être pas tout à fait de saison, mais quitte à se replier sur son chez soi, autant qu'on y respire  une odeur gaie - et c'est peut-être un peu trop tôt pour  le sapin et les marrons chauds, d'autant qu'avec la douceur qui règne... Pour le côté grandes aventures, le nouvel avatar qui figure en haut à droite: tout simplement une reprise de la gravure de Doré représentant le Chat botté)

Par Cléanthe - Publié dans : Littérature française et francophone
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Dimanche 15 novembre 2009
Après mon pitoyable challenge ABC 2008, 2009 aura été une année sans défis, à part la lecture commune du blogoclub, dont j'ai été absent cependant des deux dernières éditions, pour des raisons qui tiennent à la fois à moi et à d'autres que moi: impossible de mettre la main cet été sur le livre de Jacques Poulin; quant à Boris Vian, que j'ai adoré lire entre 15 et 17 ans, je préfère après plusieurs mauvaises expériences tentées en la matière, ne pas le rappeler  des souvenirs heureux où se trouvent les auteurs qui ont enchanté mon adolescence en risquant de découvrir que j'avais bien peu de raisons de l'estimer autant.

Voici 2010 qui s'annonce, et c'est déjà le troisième défi auquel je m'inscris - histoire de me forcer un peu la main, ce blog souffrant pour ainsi dire structurellement de mon incapacité à tenir à jour mes billets.  "J'aime les classiques", ce troisième défi, lancé par Marie L, j'y participais déjà au fond sans le savoir. Je copie les règles de son blog:


Le Défi: J'aime les Classiques!

L'objectif: lire un Classique par mois
Sont acceptés: les recueils de nouvelles, le théâtre, les romans, la poésie.
"Couverture temporelle": de l'Antiquité à 1960.
"Couverture spatiale": l'Europe (Russie inclue!) et la littérature francophone (Québec, Maghreb).

Le principe:
1/ Vous choisissez un "Classique" (et vous le lisez!).
2/ Vous me signalez votre choix en commentaire (sur ce billet) ou par mail au cours du mois.
NB: si vous souhaitez participer de façon ponctuelle, ce n'est pas un souci!
3/ Vous écrivez un billet sur votre lecture et le publiez la dernière semaine du mois. (Pas de date fixe imposée)
4/ Au cours de cette même semaine, je publie la liste de vos Classiques et les liens vers vos billets.


Le défi commencera en décembre! Et se poursuivre jusqu'à Décembre 2010...

Par Cléanthe - Publié dans : Histoires de lecture
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Vendredi 13 novembre 2009

Deuxième rescapé de la longue tournée en province, avant que Molière ne soit vraiment Molière, Le Médecin volant brode sur un argument traditionnel de la comédie italienne: Lucile aime Valère, mais son père, Gorgibus, cherche à la marier à un autre. Pour repousser le mariage, Lucile feint donc d'être malade. Sganarelle, le valet de Valère, s'introduit auprès de la jeune femme, vêtu en faux médecin. Mais le bourgeois le rencontre bientôt, sans son habit de médecin. Pour continuer à duper le bourgeois, il s'invente un frère jumeau et doit passer rapidement d'un rôle à l'autre.


L'art véritable de Molière dans cette comédie réside sans doute ailleurs que dans le texte, qui n'est en l'occurrence qu'un canevas, comme c'est le cas ordinairement pour la farce, et on enrage, à le lire, en se disant qu'on a perdu à jamais le souvenir de ce qu'était le jeu de Molière, qu'on suppose avoir été un extraordinaire Sganarelle. Il n'empêche que la satire des médecins est plutôt drôle et dans le goût des développements futurs, par exemple du Malade imaginaire. Mais ce n'est qu'un canevas, dont la lecture se révèle finalement aussi frustrante que serait par exemple devoir s'en tenir à la lecture des scénarii des courts métrages de Chaplin pour approcher l'oeuvre future.

 

Par Cléanthe - Publié dans : Littérature française et francophone
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Mercredi 11 novembre 2009

Dans le Londres pluvieux du mois de mars, une annonce vient éveiller la curiosité de deux jeunes femmes, Mrs Wilkins et Mrs Arbuthnot, qui fréquentent le même club, mais ne se connaissent pas: un château à louer sur la côte ligure, en Italie. Sur une impulsion, elles décident de prendre sur leurs économies et de s'offrir des vacances. Bientôt, pour rentabiliser l'entreprise, elles s'adjoignent lady Caroline et Mrs Fischer, choisies par le biais d'une annonce. Avec le premier avril, les vacances commencent, un mois de séjour en Italie. C'est cette équipe hétéroclite qui débarque dans le lieu enchanteur de San Salvatore.


C'est un des livres les plus drôles que j'ai lu, quelque chose dans le goût de la comédie hollywoodienne des années 30, avec un petit air de Forster et une pincée de Jane Austen en plus. On y lit au passage une très belle évocation de l'Italie et des sentiments qu'elle crée chez le visiteur, cette impression de familiarité immédiate, d'évidence donnée, de retour à soi-même... qui frappe évidemment moins le personnel "autochtone" que nos touristes anglaises.


Chacune a ses raisons de quitter la vie londonienne. L'impulsive Lotty Wilkins se lasse de sa vie réglée auprès d'un mari qui ne l'estime plus. Rose Arbuthnot, à force de vivre dans une conception étriquée de la religion, s'est éloignée du sien, qui publie des romans "légers" sous un pseudonyme. Lady Caroline qui aspire à fuir la malédiction de son extraordinaire beauté et ses admirateurs, voudrait pendant un moment qu'on l'oublie. Mrs Fischer cherche un lieu où cultiver le souvenir de ses chers Grands Victoriens disparus. C'est compter sans la magie de San Salvatore. Ce qui n'était au départ que des vacances, un coup de canif pratiqué dans le cours de la vie, va bientôt transformer en profondeur chacun des personnages.


Le beau contrepoint des descriptions des jardins ainsi que l'amour à quoi chacune, d'une manière ou d'une autre, est ramené, définissent le décor enchanteur, mais jamais mièvre, du roman. Car si le texte est limpide, l'ambiance à la comédie légère, un art consommé de la narration confère une véritable profondeur à ce texte: l'exploration psychologique des personnages, l'ironie, les malentendus procèdent d'une technique du point de vue, qui sait faire oublier qu'il est savant, au profit de l'efficacité (et du comique) du récit.


La course à la meilleure chambre du château, les malheurs de Lady Caroline, qui ne trouve pas le moyen de rester seule, l'extase de ses admirateurs, la confrontation de l'impulsive Lotty et de Mrs Fischer, toute en raideur victorienne, la scène de la chaudière qui explose et le magnifique malentendu de la fin sur l'identité du mari de Rose sont parmi les grands moments d'un comique qui culmine dans la franche bonne humeur des dernières pages à la manière des meilleurs Boulevards.

 

> Bibliographie d'Elizabeth von Arnim

Par Cléanthe - Publié dans : Littérature anglo-saxonne (Royaume-Unis, Irlande)
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Vendredi 30 octobre 2009
Lire en VO. Voici le stimulant challenge que propose Bladelor. Je copie la règle de son site:

"Je vous propose 3 challenges, un MINI, un MAXI et un BILINGUE :

Pour le mini, il s'agira de lire 6 livres dans une langue étrangère.

Pour le maxi, il s'agira de lire 12 livres dans une langue étrangère.

Le bilingue s'adresse aux challengeurs qui lisent dans une langue étrangère mais qui la maîtrisent parfaitement



Vous pouvez lire dans plusieurs langues étrangères (par exemple pour ma part je lirai en anglais et en espagnol).

Vous pouvez lire tout ce que vous voulez (même les BD sont acceptées !), du moment que ce sont des livres écrits dans une langue étrangère.

Pour valider une lecture pour le challenge, il vous suffit d'apposer le petit logo dans votre billet de lecture.

Pour les non-bilingues, vous n'avez pas à choisir entre le mini et le maxi challenge à l'inscription, vous lisez, et en fin d'année vous verrez dans quelle catégorie vous êtes.

La date limite est fixée au 31 décembre 2010 mais comme je suis bonne et généreuse, les livres que vous lirez dans une langue étrangère à partir d'aujourd'hui compteront pour le challenge !

Et bien entendu, vous pouvez cumuler les challenges. Par exemple, celui-ci se marie bien avec celui de Karine qui porte sur les English Classics."

 

A la fin de 2010, il y aura même des récompenses! Je commence tout de suite en me plongeant dans le deuxième volume des enquêtes du détective tessinois Elia Contini.


 


Par Cléanthe - Publié dans : Histoires de lecture
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Mardi 27 octobre 2009

Le Barbouillé est jaloux. Ne pouvant empêcher sa femme d'aimer un autre que lui, il cherche un stratagème pour l'attacher au logis. Il s'adresse d'abord à un Docteur qui, trop soucieux de démontrer sa science, ne lui est d'aucun conseil. La farce finit sous la forme convenue dite de l'arroseur arrosé: ayant laissé sa femme enfermée dehors pour prouver qu'elle est volage, le Barbouillé finit lui-même enfermé, et sa femme à l'intérieur de la maison.


Molière avant Molière: une comédie de province

La jalousie du Barbouillé est, avec Le Médecin volant, l'une des deux seules comédies de Molière qui nous soient parvenues de la longue période de la tournée en Province, de 1646 à 1658. C'est une farce, un canevas sur lequel pouvaient improviser les comédiens plus qu'une comédie à part entière. Peut-être aussi les prémisses du système de Molière: des situations de comédie sont esquissées à partir de quelques personnages types (le jaloux, la femme volage, le docteur, etc.), dont certaines sont la réécriture de passages empruntés à d'autres auteurs (par exemple ici la désopilante scène 2 qui met face à face le Barbouillé et le Docteur est inspirée d'une comédie italienne, Gi’ingiusti sdegni de Bernardini Pino, mais qui relève d'un autre registre, la commedia erudita, qui dans l'Italie du XVIème siècle était un genre plus savant, moins populaire que celui de la commedia dell'arte qui est l'inspirateur de la farce). Certaines autres scènes dessinent des motifs qui seront repris ailleurs par Molière dans son oeuvre: l'hypothétique "bourse" enfermée dans une "riche boite" que refuse virtuellement le Docteur à la fin de la scène 2 est peut-être une première apparition de la cassette d'Harpagon; et, de façon plus manifeste, les types du jaloux, de l'érudit ignorant, de la femme libre seront travaillés par Molière tout au long de son oeuvre.


C'est assez drôle, notamment la scène 2 dont j'ai déjà parlé. Et, la farce reposant essentiellement sur le jeu des comédiens, ce doit être désopilant sur scène.

 

Par Cléanthe - Publié dans : Littérature française et francophone
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Dimanche 25 octobre 2009
J'avais juré de ne plus m'y faire prendre. Mais c'est décidément un trop joli challenge que propose la rédactrice anonyme du blog Raisons et sentiments. Le principe est très simple. Il y a au départ cette page du roman Matilda de Roald Dahl:

"Au cours des six mois suivants, sous l'oeil ému et attentif de Mme Folyot, Matilda lut les livres suivants:

Nicholas Nickelby, de Charles Dickens
Oliver Twist, de Charles Dickens
Jane Eyre, de Charlotte Brontë *
Orgueil et Préjugés, de Jane Austen *
Tess d'Uberville, de Thomas Hardy
Kim, de Rudyard Kipling
L'Homme invisible, de H.G. Wells **
Le Vieil Homme et la Mer, d'Ernest Hemingway
Le Bruit et la Fureur, de William Faulkner *
Les Raisins de la colère, de John Steinbeck
Les bons compagnons, de J.B. Pristley
Le rocher de Brighton, de Graham Greeene *
La ferme des animaux, de George Orwell.

C'était une liste impressionnante et Mme Folyot était maintenant au comble de l'émerveillement et de l'excitation, mais sans doute fit-elle bien de ne pas donner libre cours à ses émotions. Tout autre témoin des prouesses littéraires d'une si petite fille se serait sans doute empressé d'en faire toute une histoire et de clamer la nouvelle sur les toits, mais telle n'était pas Mme Folyot."


Et voici donc les règles:
-Lire Matilda de Roald Dahl.
-Lire tous les livres de cette liste.
-Faire un article sur son blog vers l'article de Raisons et sentiments.
-Il n'y a pas de limite de temps (de 1 à 99 années)
-Faire si possible un article sur chaque livre lu.
-S'amuser !

Je n'ai jamais lu Roald Dahl, mais la liste proposée, dans laquelle je reconnais plusieurs titres que j'ai adoré plus de nombreux livres qu'à ma grande honte je n'ai toujours pas lu, mais qui attendent sagement leur tour, parfois depuis plusieurs années, est l'occasion de belles heures de lecture.

Autres participants:
- Cécile -
- Restling -

- Hathaway -
- Mango -
- Cynthia -
- Bouh -
- Plume de feu -
- Miss Poudre de Riz -


*  lu.
**lu, mais il y a vraiment longtemps; je le relirai donc à l'occasio
n.
Par Cléanthe - Publié dans : Histoires de lecture
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Jeudi 22 octobre 2009

Dans ma bibliothèque, il y a beaucoup de livres. Je rêvais, adolescent, d'habiter un sous-sol de la Bibliothèque nationale. Les dessins de manoirs hantés de livres me faisaient rêver. Mais avec l'âge adulte, la nécessité d'organiser un espace vivable, m'a conduit à les disperser en plusieurs endroits. J'en revends parfois certains. Un nombre important se trouve dans un placard ou au grenier, soustrait à la vue immédiate. Cette disposition a un avantage. Elle permet des roulements, par exemple des grands albums d'art auxquels je réserve trois étagères dans mon salon – le reste est dans les combles. Or ces déménagements de livres sont mon autre passion. Je crois avoir essayé tous les modes de classement: par genres, par pays, par éditions, par collections, et même, quand j'étais plus jeune, selon l'ordre d'arrivée des livres. Le journal de lecture que constitue ce blog n'a pas d'autre origine que le désir d'ajouter une autre couche encore à ce plaisir de l'organisation: j'aime dérouler sur la page d'en-tête de ce blog ces couvertures de livres se développant dans l'ordre antechronologique de la lecture, qui se révéla rapidement être celui du moment où je trouve le loisir de rédiger un billet, de nombreux livres attendant encore le moment d'être critiqué. Ce qui a ajouté un élément d'organisation de plus dans ma bibliothèque, ou plutôt de désorganisation puisqu'il s'agit en l'occurrence de piles, de tas de livres qui sur mon bureau, à côté de mon lit attendent le moment de la chronique.


En un sens donc, un blog, même si celui qui l'écrit n'est pas dominé par la passion autocélébratrice, est bien une sorte de journal. Mais avec le recul, il manque quelque chose d'essentiel à ce journal. D'abord je ne dis rien des livres que je lis en partie, notamment des articles, des extraits de livres critiques. On peut considérer ceci comme l'arrière cuisine de ma vie de lecteur, le moment réflexif qui prépare, prolonge, approfondit le plaisir que je prend à lire un livre, et à en parler. C'est quelque chose comme des fragments interprétatifs dans lesquels un lecteur reflète ses interrogations et dont le patchwork se construit, en conversation avec l'écriture créatrice des écrivains.


Mais il manque surtout à ce journal le compte-rendu de ce à quoi j'occupe une partie importante de mes soirées de lecteur: la relecture. Pour en rester aux simples quinze jours passés, ce que j'ai lu, c'est d'abord ce que j'ai relu: les deux premières Méditations métaphysiques de Descartes, le début d'Une Vie de Maupassant, cent pages dans Proust (A l'ombre des jeunes filles en fleurs), quelques autres glanées dans Les Caractères de La Bruyère, les passages sur Gênes de L'art italien de Chastel. J'ai feuilleté Absalon! Absalon! de Faulkner dont je n'arrive pas à me remettre l'histoire en mémoire. En pensant à Henry James, j'ai tenté de nouveau de me plonger dans les Contes et récits d'Hawtorne, qui de nouveau m'est tombé des mains, là où je l'avais laissé la première fois, à l'issue de la deuxième nouvelle. Enfin, j'en suis à la moitié de Madame Bovary. Qui émergera de cet iceberg? Le dernier titre seulement. Conduite jusqu'au bout, ma relecture du roman de Flaubert lui donnera accès à cette tribune. 


Qui a dit qu'avec Internet, les réseaux sociaux, les blogs s'effaçait la limite entre la vie publique et la vie privée? Dans une certaine mesure il y a quelque chose de vrai là-dedans. Mais la pratique confirme ce que je savais depuis la lecture du Journal d'Amiel: que le journal intime ne peut atteindre la vie que lorsqu'il se substitue à la vie, lorsqu'il devient l'acte dominant, voire exclusif d'une vie. En dehors de ce cadre, ce que nous pratiquons ici n'est qu'une forme moderne de conversation.


Par Cléanthe - Publié dans : Histoires de lecture
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